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 J.-P. Koltz : Vom Tod bis zur Auferstehung des Schlosses von Bourscheid

De la mort à la résurrection du château de Bourscheid

Lorsque, en automne 1982, les "Amis du Château de Bourscheid a.s.b.l." ont procédé à la photocopie des archives de Bourscheid, conservées au château de Gemünden en Hunsruck, ils ont fait une découverte du plus haut intérêt. Ils y ont trouvé trois cartulaires, connus seulement de Camille Wampach. Sur la page de garde du volume 3 de 1671, se trouve le dessin d'une vue générale du château prise du côté sud, c.-à-d. de Michelau.

La Mort de Bourscheid

Cette vue, avec les dessins du château de 1680 que nous avions publiés en 1937 dans l'Annuaire des "Amis des Musées" 1), nous permet de compléter fort heureusement nos connaissances sur le château. Si nous étudions les rapports que Jules Vannérus a publiés sur le château (en 1910 et) en 1939 dans les "Cahiers Luxembourgeois"2), nous pouvons nous faire une idée assez exacte sur l'état de vétusté des bâtiments à la fin du 18e siècle et en 1812. La vente pour démolition du château de Bourscheid en 1812 ressemble à celle du château de Vianden, avec la différence cependant, que Vianden a été vendu à une seule per­sonne qui a procédé à la démolition au compte-gouttes, démolition arrêtée quel­ques années après. Bourscheid fut vendu, disons le, - en pièces détachées -, et livré à la démolition en une seule opération pour devenir en quelques mois une ruine complète. Les détails en ont été publiés par François Decker dans le pre­mier fascicule des "Cahiers de Bourscheid" en 19823).

Plan des Schlosses von Bourscheid



Das Original wurde 1937 von F. Baldauff und J.P. Koltz aufgenommen und im Jahrbuch 1937 des "Amis des Musées" und den "Cahiers Luxembourgeois" 1939 ver6ffentlicht. Die vorliegende Neubearbeitung von J.P. Koltz erfolgte im Marz 1982. " Nachdruck nur mit genauer Quellenangabe gestattet.

Mais comment était-il possible d'en arriver à ce stade de déconfiture?

Nous devons d'abord nous souvenir qu'en 1684 (?) les défenses avancées du château furent démantelées par les troupes du Maréchal de Boufflers; le rôle de forteresse était donc révolu et le château était devenu une grande ferme. En second lieu, nous constatons que les propriétaires se sont désintéressés de Bourscheid. Déjà en 1501 Bernard de B. était propriétaire d'une maison au "Breedewee" Chemin large à Luxembourg. En 1691 Charles-Gaspard- Hugues de Metternich-Mullenarck avait épousé Sophie-Thérèse de Metternich­Bourscheid, fille de Wolf-Henri de Metternich, grand personnage, justicier des nobles et maréchal héréditaire du Duché de Luxembourg. Il possédait une maison de maître dans la capitale, occupée de nos jours par le Conservatoire MunicipaI4). Il résulte des archives que le couple Metternich-Metternich avait choisi comme résidence le château de Müllenarck dans la région d'Aix-Ia­Chapelle. Plus tard, il vendit sa maison à Luxembourg, probablement après la paix de 1714, et confia la gestion des biens de Bourscheid à des "admodiateurs", c.-à-d. des régisseurs. Le 18 janvier 1722, amendé par testament en 1727 et 1738, les époux Metternich-Metternich fondèrent un fidéi-commis de famille perpétuel "pour la conservation ... de la race masculine de Metternich à Müllenarck ... et de leurs descendants mâles légitimes in finitum". Suivant ces décisions Bourscheid passait en 1738 à Hugues-François-Wolfgang de Metter­nich qui avait épousé le 13 avril 1728 Anne-Marie de Harff-Dreiborn, douairière de Palland, dont il n'eut que trois filles. Le 3 novembre 1753, ne se considérant plus liés par l'arrangement de 1722, les Metternich-Harff échangèrent avec la Demoiselle Constance-Ernestine­Françoise de Mathelin de Rollé (près de Bastogne) leurterre de Bourscheid avec dépendance, contre des biens situés au pays de Liège.

Cet acte provoqua immédiatemment un procès des ayants droit qui se sentaient lésés. Cette action judiciaire se termina enfin le 23 octobre 1762 par une sen­tence du Grand Conseil de Malines5). Ce jugement attribua 4/5e de l'héritage à la baronne Marie-Thérèse d'Eltz-Rodendorf, fille des époux (Eltz (-Rodendorf) ­Metternich (-Harff), épouse du baron Louis-Joseph-Luc Schenck von Schmidt­burg, et 1 /5e à Constance de Mathelin à Rollé. - Finalement, le 29 mai 1803, le baron François-Joseph-Népomucène-Ignace Schenck von Schmidtburg devint l'héritier et propriétaire de Bourscheid, et il fit aussitôt transporter les archives à GemÜnden. - C'est lui qui fit vendre l'ancienne seigneurie avec le château en 1812. de 1753 nous prouve clairement, d'une part, que les Metternich-Harff n'avaient plus aucun intérêt à garder Bourscheid; et la vente de 1812 montre, d'autre part, que la position financière, une fois les corvées abolies, par les guerres et le gaspillage, était devenue si précaire et la plupart des bâtiments du château en si mauvais état, que la situation était presque sans issue.
Résumons: les défenses du château n'étaient plus entretenues depuis 1684, seuls les bâtiments servant à l'habitation et à l'exploitation agricole étaient en assez bon état, comme nous allons le voir.

Jules Vannérus a relevé que déjà en 1762 "que les escallions (les ardoisiers) refusent de faire les réparations des toits, par rapport à leur caducité"~ Des ex­perts assermentés pour vérifier l'état du château concluent qu'une nouvelle toi­ture doit être mise en place. "Si l'on ne procède pas sans retard, dit Vannérus, aux réparations préconisées, indispensables, la plus grande partie des bâtiments s'effondrera". - Le 1 er septembre 1780 l'admodiateur Dominique Laeis a acheté 1000 ardoises à Vielsalm.

La seule solution était donc de vendre aussi avantageusement que possible. Les 2et 3 mai 1812 on offrit donc aux enchères tout ce qui était vendable au château, en bois, ardoises, en pierres detaille et en fer. Unefois l'essentiel adjugé, le crieur s'attaqua même aux encadrements des fenêtres et portes comme relève M. Decker. Total de la vente du château 6.528.- frs. S'ensuivirent la vente des deux moulins, de l'ancienne tannerie, des champs et prés, de la bergerie, forêts, haies et jardins etc. Les 31 octobre 1814et 11 mars 1815,Iors du décompte d'un total final de 86.304.- frs, le notaire F.J. Vannérus de Diekirch devint le propriétaire des ruines du château. Son fils Ernest les vendit en 1880 au baron Félix de Blochausen.8)

Depuis, rien ne se fit et les ruines étaient abandonnées à leur sort ...

Lorsqu'enfin 125 ans plus tard, l'Etat commença à sauver Bourscheid en vertu de la loi du 12 août 1927 et l'ayant classé Monument historique le 15 avril 1936,Ia plupart des murs, sauf ceux de la maison de Stolzembourg, s'étaient écroulés jusqu'à une hauteur maximum d'environ 2 m. Seules les tours, d'une construc­tion extrêmement solide, mais dépouillées de leurs toitures depuis la fin du 18e siècle, sont restées debout.

Et voici une observation intéressante: le côté ouest des ruines, plus exposé aux intempéries, avait souffert le plus, tandis que le côté opposé avait résisté mieux aux attaques de la nature et une partie de l'enceinte est même restée debout à hauteur originale.

Nous pouvons en tirer la conclusion qu'environ 2/3 à 3/4 des murs s'étaient dé­sagrégés pendant ces 125 ans. Un bon demi-siècle supplémentaire sans protec­tion aurait donc suffi, pour ne laisser de notre château qu'un amas de décombres envahi par la végétation et les restes du mur nord avec les troncs des tours.

Quant aux matériaux de construction du château, nous y trouvons pour la maçonnerie comme à Vianden ou Clervaux, partout des pierres d'ardoise bleues, rouges et grises provenant de la région. Mais ces pierres sont imperméables et ne laissent pas filtrer l'eau qui passe alors par le mortier. Ce dernier représente pour le grand nombre de petites pierres par mètre-cube, un dixième au moins du volume de toute la maçonnerie. L'eau descend donc lentement et se fixe dans les ,; parties inférieures de la maçonnerie et notamment celle des murs de soutè-

nement. C'est évidemment le mortier des pierres extérieures qui se décompose au début de ce processus et qui se détache davantage et plus vite d'année en année, pour créer des crevasses toujours plus considérables. Nous avons ainsi mesuré pour les murs de soutènement de la chapelle à Vianden que, sur 1 m2 de surface plane, il y a actuellement au moins 3,5 m2 de surface réelle attaquée plus vigoureusement par les intempéries d'hiver en hiver.

Il est donc nécessaire de rejointoyer ces murs extérieurs et de leur donner par un bon crépissage une nouvelle résistance contre les intempéries; mais il faudrait faire aussi tout ce qui est possible pour empêcher l'eau de pénétrer dans la maçonnerie des bâtiments, en d'autres termes, les couvrir convenablement.

La Résurrection de Bourscheid

Dans un élan d'enthousiasme juvénile, l'auteur de ces lignes avait publié déjà en 1935 un article dans la presse: "Rettet Bourscheid"! A la même époque fut lance l'idée d'un "Burgenverein" par un groupe de jeunes de l'A.V. La même année encore l'auteur pu signer un compromis avec le notaire Lucien Salentiny d'Ettel­bruck, fondé de pouvoir de la propriétaire, la baronne Félix de Blochausen (morte le 2 août 1935). en vue de l'acquisition de Bourscheid pour 24.000 fr. Il s'était assuré l'appui du Gouvernement pour les travaux de sauvegarde des ruines. Ce compromis devint (heureusement) sans valeur par les décès subits, en quelques semaines, et du notaire et de la baronne.

En automne 1937, avec l'aide pratique de mon ami Fernand Baldauff et assistés de Joseph Probst et Nicolas Sibenaler, fut réalisé la levée d'un plan du château. Ce plan avec une première étude et deux vues de 1680, fut publié en 1937 dans l'annuaire de la Société des Amis des Musées ); un plan plus explicite avec une seconde étude élargie parut dans les Cahiers Luxembourgeois en 1939.3)

Mais entre-temps, en 1936 (jusqu'en 1939). les travaux de sauvetage avaient commencé à Bourscheid sous la direction de M. Jean Theis, conducteur des Travaux publics à Diekirch et exécuté par M. Nic. Winter.

On n'avait alors aucune expérience de ce genre detravaux, et on s'est limité à dé­gager notamment la petite cour supérieure près du donjon et les piteux vestiges de la chapelle. Le donjon qui était très fortement ébrêché dans son coin sud­ouest, fut plombé tel une dent creuse et le premier étage fut rendu accessible par un nouvel escalier; toute la maçonnerie fut couverte et rejointoyée soig­neusement. Mais le gros travail de cette époque était la restauration d'env. 200 m2 de la paroi sud du mur du château supérieur avec la cage de l'escalier tour­nant, reliant les deux édifices à l'intérieur. - Pour le reste on a laissé les énormes tas de décombres en place; ces remblais permettaient d'ailleurs une commu­nication facile entre les deux châteaux. En outre à ce stade des travaux, les dé­combres étaient un moyen de conservation des vastes caves en ruine.9)